Les psychologues en résistance

LE REMBOURSEMENT DES SEANCES DE PSYCHOLOGIE ?

Oui mais pas n’importe comment

Depuis quelques mois, les annonces s’enchaînent en matière de santé mentale et notamment concernant la profession de psychologue. Ces professionnels ont été reconnu massivement comme importants lors de la crise sanitaire et psycho-sociale. Des discussions sont en cours depuis des années entre les représentants de la profession et les pouvoirs publics, afin d’inclure les psychologues dans le parcours de santé.

L’idée d’un remboursement est appréciée mais nous nous sommes confrontés à l’accélération des négociations, sûrement due aux effets d’annonces gouvernementales. Nous sommes passés d’espace de discussion à l’imposition des modalités, notamment par la CNAM (Caisse Nationale d’Assurance Maladie).

Tout d’abord, il faut comprendre que la politique de santé publique a pour objectif la diminution des prises en charge institutionnelle (à l’hôpital). Les CMP (centre médico-psychologique) pour adultes ou pour enfants, sont appauvris. Une des solutions pratique, efficace, immédiate pour rendre accessible les soins psychologiques aux plus démunis, est de renforcer ces structures déjà existantes et expérimentées, notamment en embauchant ou en titularisant des psychologues. Au lieu de cela, le ministère fait tout l’inverse, il vide les institutions et délègue aux professionnels en libéral, omettant que premièrement, il n’y a que très peu de psychiatres ou de pédopsychiatres en libéral, et que deuxièmement, certains troubles ou pathologies, nécessitent une prise en charge pluridisciplinaire donc institutionnelle.

 

A ce jour, lorsqu’une personne prend la décision de rencontrer un psychologue pour entamer une démarche de soin (et nos patients savent à quel point il n’est pas si facile d’enclencher parfois cette initiative), il suffit de téléphoner à un psychologue et prendre un rendez-vous. Seules des personnes n’ayant jamais expérimenté cette intention peuvent croire qu’il est facile de se dévoiler, et sur commande en plus, comme on témoignerait d’un symptôme somatique (mal de ventre par exemple).

Avec cette nouvelle procédure, on demande au patient de rencontrer leur médecin traitant (il faut alors parfois en trouver un), à qui ils exposeront leurs difficultés psychiques (on médicalise alors directement la délicatesse, le trouble, la fragilité). Ce dernier, doit évaluer (à ce jour nous ne connaissons pas les modalités d’évaluation) si le patient relève du parcours (à ce jour, ce serait pour les troubles anxiodépressifs modérés), le médecin l’adresse alors à un psychologue (inscrit sur une liste officielle) qui doit lui aussi évaluer (à ce jour nous ne connaissons pas les modalités d’évaluation, bis) et doit faire un rapport au médecin traitant. Retour chez ce dernier, qui prescrit alors dix séances maximums, de 30 minutes. Puis retour chez le thérapeute. Tout ce « voyage » !  Et le travail thérapeutique n’est toujours pas engagé puisque nous ne répondons alors qu’aux modalités administratives. 10 séances que le ministère qualifie de soutien (les psychologues un peu ironiques pourraient alors souligner l’expertise psychique des administratifs).

Au bout de ces 10 séances, le psychologue fait un rapport au médecin (soulignons ici le caractère incohérent de la démarche à la vue de la relation confidentielle se tissant entre le thérapeute et le patient). Le médecin (donc mis au courant de cette confidentialité psychique) décide alors si oui ou non il y a besoin de 10 séances supplémentaires (sur quels critères ? ça mystère), cette fois-ci qualifiées de thérapeutiques et d’une durée de 45 minutes.

Tout n’est pas encore clair (ah bon j’avais pas remarqué ! ) mais il semblerait aussi qu’à un moment du parcours, la patient doit rencontrer un psychiatre pour valider la continuité du travail engagé avec le psychologue. On ne sait jamais le patient et le thérapeute pourrait ne pas savoir, d’où l’avis d’un expert, qui sait mieux. Et on ne sait pas non plus jusqu’à combien de séances remboursées le patient à droit.

Les psychologues libéraux sont assez pragmatiques, nous savons bien que, pour tout remboursement, nous devons aussi faire avec les pré requis administratifs et qu’il faut des garde-fous. Mais là, cela dépasse tout entendement !

On oblige le patient a un parcours du combattant : le délai entre sa demande et la vraie rencontre thérapeutique est un supplice administratif, bon nombre ne vont-ils pas abandonner ?

On infantilise le patient et le thérapeute sous la tutelle médicale. On les prive de leur liberté de choix (du thérapeute et de la méthode), de l’alliance qui s’établit entre eux.

Le thérapeute a l’obligation de moyen face à son patient, c’est-à-dire que nous devons discerner et proposer (le patient est le seul qui décide) selon notre éthique et notre déontologie ce qui apparaît le mieux pour notre patient, en bonne intelligence professionnelle.

Jusqu’à présent, nous, psychologues libéraux, étions reconnus pour notre démarche professionnelle. Les pouvoirs publics de santé nous laissaient faire notre travail en autonomie, et le métier n’a jamais été décrié. Nous avons même été reconnu comme des partenaires importants, faisant correctement leur travail, et soutenant au mieux leurs patients.

Tout à coup, nous basculons de l’étiquette de bons professionnels vers l’étiquette de mauvais élève, qui doit être surveiller, tutorer par les vrais soignants, c’est-à-dire les médecins ! (qui n’ont rien demandé en passant) Ils vont même jusqu’à nous dire combien de temps nous devons travailler (30 minutes ou 45 minutes), aucun autre professionnel n’a cette contrainte !

 

Et pour finir en beauté, le remboursement de la séance, prix fixé sur la base du salaire d’un psychologue hospitalier (ce qui n’a vraiment rien à voir !). A croire que ces décideurs ne connaissent pas les obligations de charges des libéraux.

  • 22 euros les 10 premières séances de 30 minutes
  • 35 euros celles de 45 minutes.

…. avec interdiction de dépassement d’honoraires.

De source sûre, nous pensons que les psychologues choisissent cette profession, non pas pour faire fortune, cela se saurait. Pour cela, nous aurions choisi avocat ! 😉 Nous voulons simplement vivre dignement de notre profession, ne pas mettre la clé sous la porte. Pour votre cabinet cela représenterait une baisse de 40 % de son chiffre d’affaires. Qui accepterait une telle baisse de salaire !

Sans compter la nécessité pour chaque psychologue de faire l’acquisition d’un terminal « carte vitale » et de tous les aspects administratifs (et festifs) que cela occasionne, avec la CPAM, et tous les rapports d’évaluation à fournir (et bénévolement bien sûr). Nous sommes aussi très choqués de la maltraitance de nos patients, qui aspirent quand même à de la discrétion et à la confidentialité.

Malheureusement, les médias ne font pas un travail de fond sur ce sujet : ils annoncent ce remboursement (non effectif) sans évoquer les modalités, et surtout, rien n’est fait, puisque nos représentants ont quitté la table des négociations face à l’intransigeance du pouvoir public. Cet effet d’annonce nous met nous, les psychologues, dans le rôle des empêcheurs de tourner en rond. Mais il s’agit vraiment de la liberté d’accès au soin psychique de chacun d’entre nous.

Si vous souhaitez en savoir plus sur le sujet :

http://psychologuesenresistance.org/

Si vous voulez participer à cette résistance, merci de signer la pétition : l’accès direct aux psychologues: un enjeu de santé publique

http://chng.it/djGW7DxBgn